LES VISITEURS DE L'EXPÉDITION "De nos flèches perçons le ciel"

 

L'EXPEDITION – LE CHAMEAU – CHATEAUVILLAIN SEMAINE D'ACCUEIL DU 27 JUILLET AU 03 AOÛT

 

PAR MICKAËL VALET (courriel)

 

Lors de leur arrivée, près d'un cinquième des visiteurs annoncent avoir eu des difficultés à trouver le site de l'Expédition faute de signalétique explicite.

 

Une fois accueillis avec considération et le plan du site expliqué, ils se montrent rassérénés.

Préambule à la visite, à l'entrée, ils prennent connaissance du manifeste écrit par Pierre Bongiovanni. Alors débute l'Expédition, l'instant est solennel.

 

En moyenne, chaque personne passe entre 1 heure et 1 h 30 dans le bâtiment « L'Expédition », et 2h sur l'ensemble du site. Certaines personnes restent plus encore, regardant attentivement chaque œuvre, chaque vidéo.

Est à noter que de nombreux visiteurs reviennent sur le site après une première visite pour approfondir leur approche ; souvent accompagnés de proches avec qui ils souhaitent partager cette expérience.

La qualité de rédaction des cartels liés à chaque œuvre rend la visite fluide, les visiteurs une fois entrés dans l'exposition sont autonomes. Ce qui n'empêche, lors de leur sortie de ce premier bâtiment, d'entamer un dialogue qui peut prendre ses aises et se prolonger. La nature des ressentis est diversifiée, voici quelques grandes lignes.

 

– Les visiteurs « expéditifs », peu nombreux, ressortent vite. Avaient­ils projeté une attente sur ce que « doit » ou « peut » être l'Art ? Avaient-­ils une certaine image de la beauté ? Cherchaient­ils du divertissement ?

Cas de figure où, peu importe la richesse et la diversité du contenu proposé, pas de satisfaction immédiate, la mayonnaise ne prend pas...

 

– Les « heurtés », qu'une peinture, une image, une parole dans une vidéo, a pu blesser ou choquer. A leur sortie de l'exposition leur émotion est clairement visible, voir manifestée. Si le heurt est peut­être la condition de la rencontre avec l’œuvre, qu'elle nous dérange ou nous enjoue est bon signe. A condition que si malaise il y a, il soit accompagné, creusé, analysé, développé. Le parti pris de s'inquiéter de leur état et d'aller à la discussion s'avère salvateur. Ainsi, plusieurs rencontres fort enrichissantes, et dans la plupart des quelques cas, une issue positive.

 

– Les « Locaux », anciens salariés du Chameau ou familles d'anciens salariés, sont émus de revenir. Ils se remémorent, se déplacent dans cet espace transfiguré et pourtant inchangé, et découvrent la nouvelle vie du lieu avec joie.

 

– Les « Laurentins » (ci­-nommés habitués de La Maison Laurentine à Aubepierre­-Sur-Aube), nombreux, et dans l'ensemble heureux de découvrir l'immense potentiel de ce nouvel espace d'exposition, mais aussi de travail, de recherche, d'expérimentation et de représentation.

A noter : est évoqué, non sans nostalgie, le charmant jardin tenu par Marie­Solange Dubès.

Alors je leur indique le Séquoia géant et autres raretés du site.

 

– Les « piqués au vif », grande majorité des visiteurs. Réactions allant de la franche bonne surprise avec forts coups de cœur pour des œuvres en particulier ; à la révélation d'une exposition de très grande qualité, avec des œuvres majeures et une scénographie n'ayant (je cite un visiteur venu de Paris) « rien à envier au Grand Palais , qui mériterai d'être relayée dans la presse nationale. » . L'on sent chez chacun, un temps de réadaptation au sortir de cette antre. Temps nécessaire pour identifier et conserver ce qui a changé en eux au contact des œuvres, comme au sortir d'un rêve. Alors parfois un compliment puissant et sincère, pudique, avant de continuer la visite vers les espaces satellites. Alors parfois une réaction plus verbale, catharsis nécessaire ; débouchant inévitablement sur une salve de questions concernant la généalogie de l'exposition, la relation entre le commissaire et les artistes,

l'investiture des lieux. C'est là que se joue une partie importante en matière de communication, que se dévoile le réel enjeu du Chameau : la Synergie. En effet, apprenant (lorsqu'ils sont de la région d'autant plus, mais pas seulement) les nombreux événements et ateliers en cours de préparation, et la diversité des acteurs (donc des compétences et domaines réunis), les visiteurs deviennent habitants, acteurs. Une part du patrimoine reprend vie, différemment, par agglomération et non par exclusion ou segmentation. La compréhension est instantanée, ce lieu s'adresse à tous. Alors l'on se sent concerné, généreux, optimiste !

 

J'ai senti chez de nombreuses personnes de la reconnaissance pour le soin apporté au lieu et à son histoire, de l'estime pour les œuvres et le labeur qu'aura nécessité un tel agencement, de l'intérêt pour ce qui se trame pour la suite, enfin, du désir d'en être, d'y participer, bref : de l'espoir.

 

Lors de la venue simultanée le mercredi 29 juillet d'un groupe de personnes âgées de la maison de retraire et d'enfants du centre aéré, j'ai commenté l'exposition avec le soutient de Marie Solange Dubès. Moment fort durant lequel place a été laissé aux réactions de chacun. Ce qui en est ressorti, une intelligence vive, une perspicacité commune aux anciennes et aux plus jeunes.

Beaucoup des œuvres abordées nous renvoient à une situation sociale et écologique critique. Les deux générations présentes s'y montrent extrêmement sensibles. La visite se poursuit avec un pot de l'amitié où les impressions de chacun sont débattues. J'ai senti une vive émotion au contact des dames de la maison de retraite, voyant leur gravité mêlée de joie face aux œuvres.

A titre personnel, d'avoir pu « habiter » l'exposition pendant toute cette durée m'aura permis de nourrir mon œuvre, Le Glacier, qui souffrait jusqu'alors d'une lacune. Un pas grand chose, quelques mots pour permettre aux visiteurs de se saisir de l'installation lors de mon absence.

La narration est un élément important dans ma démarche. D'avoir été présent m'aura permit avec le public de parler tout simplement, d'abord en un monologue permettant de situer l'action / l'objet,puis de dialoguer, et enfin d'écouter ce que chacun sait, sent, ressent.

Depuis le premier opus de D'abord les forêts (2010), je participe aux activités de la Maison Laurentine, et depuis 2014 j'habite la région. De nombreux visages familiers donc. Une manièrepour moi de consolider les liens, non pas considérer les Visiteurs, mais bien les Individus, sur une

durée qui dépasse le seul événement.

Le site quant à lui est l'un des motifs qui m'invitent à rester dans la région coûte que coûte, car je pressens que s'y croisent beaucoup d'enjeux pour les temps à venir. Être de cette aventure pour les prochaines années suscite chez moi une forte exaltation.

Enfin, en tant qu'artiste, que jeune artiste ; je situe, suivant ma propre exigence, cette exposition comme l'une des meilleures auxquelles il m'a été donné de participer.

 

 

Origine des visiteurs : La région (plus pôle Chaumont / Chateauvillain que Langres) / Dijon / Bordeaux / Paris / Belgique / Hollande / Angleterre.