Gilbert Marcel
Les prophéties

Quand la Maison Laurentine m’a parlé voici un an de son projet d’exposition en hommage à Léonard De Vinci (à l’occasion du 500ème anniversaire de sa mort), j’ai d’abord pensé qu’on allait se retrouver face à un Everest, tant le génie du maître dans tous les domaines est immense et fascinant : peinture bien sûr, mais aussi ingénierie, médecine, architecture, botanique ; au travers de ses dessins, croquis, tous commentés de son écriture spéculaire (écriture inversée en miroir) qui ajoute, s’il en était besoin, une dose supplémentaire de mystère.

 

Comment se retrouver autrement que tout petit devant un tel géant ? On peut dire que Léonard vivait avec un large temps d’avance sur ses contemporains. J’ai pensé qu’il fallait proposer une réalisation ambitieuse et à sa (dé)mesure. D’où ces «Prophéties», à travers lesquelles j’ai cherché à illustrer et saluer l’extraordinaire clairvoyance de Léonard.

 

Imaginer il y a 5 siècles que les hommes se parleront et se répondront l’un à l’autre, des pays les plus éloignés, ou que tous les hommes changeront d’hémisphère immédiatement. Etonnant !

 

Ces prophéties nous interrogent aussi sur l’acuité des désordres actuels comme  par exemple lorsqu’il écrit  : l’œuvre humaine devient la cause de la mort humaine  ou  bien:  l’eau de la mer  s’élèvera  sur  la  cime  des  monts, vers  le  ciel, et  retombera  sur  les  habitations  des    hommes.
Imaginer les conséquences que fait peser aujourd’hui le dérèglement climatique engendré par l’homme sur la planète et sa propre survie. Etonnant là encore ! Certaines de ces prophéties hélas semblent sur le point de se réaliser, dans une sourde indifférence.

 

J’ai voulu ici illustrer ces prophéties par des jeux d’anamorphoses. Par une métaphore, j’ai essayé de représenter, à l’échelle du monde céleste, une société qui fonctionne telle une anamorphose : les images nous arrivent souvent déformées par l’influence des médias, par la pression de soi-disant experts, de lobbys, mais aussi par les conventions sociales ou politiques.

 

Alors, c’est à nous désormais qu’appartient le pouvoir de redresser les images déformées en utilisant le miroir de la raison, celui de Léonard.

 

Il faut nous persuader, en reconstituant une vision panoramique de la réalité que le désordre n’est qu’apparent. À nous d’agir. Je vous propose de vous immerger dans cette salle, que vos yeux fassent travailler votre esprit, laissez libre court à votre imagination, et prenez conscience de toute l’actualité des prophéties de Léonard.

 

Enfin, si vous le voulez bien, méditons cette citation d’Antoine de Saint-Exupéry :  nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.

Gilbert Marcel, juillet 2019