FORÊT / PRODUCTION / BIODIVERSITÉ

Forêt de production et biodiversité ; quels enjeux ?

Conférence organisée par les Naturalistes de Champagne Ardenne (David Bécu et Samuel Courtaut), animée par la Maison Laurentine, le 1er Octobre 2016 à la Maison de Courcelles-sur-Aujon.

Intervenants :
- François Camuset / responsable de l'unité territoriale ONF d'Arc en Barrois
- Rémy Caritey / photographe, écrivain, grimpeur / récolteur
- Jacques Deen / entrepreneur forestier à Auberive
- Guy Durantet / Association départementale des communes forestières
- Romaric Lecomte / Conservatoire des Espaces naturels de Champagne Ardenne
- Patrick Lhuillier / vice président de la Fédération de la chasse 52
- Christophe Pichery / expert forestier

Synthèse sensible, subjective, « à chaud »

Au fil des échanges d’expérience et de réflexions entre les intervenants et les participants, des idées maîtresses (tels des branches maîtresses) ont été dégagées, qui mériteraient chacune d’être à nouveau éclairées pour fructifier. Quelles sont-elles ?

Parler de la forêt c’est parler du Vivant ;
- Un vivant de tout temps instrumentalisé par exemple au fil d’un passé encore récent, par les maîtres de forges, par l’aristocratie pour satisfaire son plaisir de la chasse, et maintenant, par les industriels de la filière bois à des fins de transformation, la plupart du temps très loin des zones de production (Chine, Inde), ou encore par des investisseurs institutionnels, ou non, pour diversifier leur portefeuille d’actifs.
- l'arbre : un vivant vulnérable, trop tôt abattu pour permettre de protéger des espèces qui dépendent exclusivement de son milieu ou frappé de maladies provoquées la plupart du temps par des changements climatiques.


- Le vivant c’est aussi l’homme, qui a destin lié avec la forêt, travailleur et exploitant forestier dont les conditions d’exercice de leurs métiers se dégradent et les exposent : à des efforts physiques répétés, des accidents fréquents, des conditions de rémunération insoutenables face à une concurrence exacerbée, des conditions climatiques fluctuantes ou extrêmes, de la désespérance liée à la surdité qu’ont les décideurs de leurs problèmes …

Mais aussi un vivant porteur de potentiel d’avenir en termes :
- De recherche scientifique sur l’évolution des espèces, de nouvelles thérapeutiques, de biotechnologies…
- De construction d’un imaginaire collectif par la transmission des grands mythes fondateurs de notre humanité liés à la forêt
- De découverte des essences et des espèces dès lors que l'on utilise à bon escient « les clés de la forêt » fournies par l’ ONF
- De ressourcement personnel, de refuge, d’espace poétique et de méditation.

Parler de la forêt, c’est aussi parler d’un éco-système en tension
- entre une vision à court terme recherchant une rentabilité immédiate et une vision a long terme respectueuse des grands équilibres,
- entre le temps court de l’homme et le temps long de l’arbre,
- entre une réglementation brutale, appliquée sans discernement et la nécessité qu’il y aurait de recourir à des mécanismes continus de régulation concertée entre les acteurs locaux, à l’image des pratiques de régulation en vigueur dans les milieux de la chasse ou au sein des instances représentant les communes forestières,
- entre les logiques ministérielles (environnement, agriculture, budget) cloisonnées pour ne pas dire antagonistes faute de définition préalable d’une véritable politique forestière,
- entre des intérêts contradictoires qu’ils soient intra-individuels (le citoyen-consommateur- contribuable) ou socio-professionnels (ETF, propriétaires publics et privés, chasseurs, naturalistes…)

Au final, chacun a appelé de ses vœux un modèle de société fondé sur une pensée qui recherche le juste équilibre entre activités économiques et préservation/protection du vivant, dans le cas présent :
- en comblant les carences de connaissances en écologie forestière des producteurs/exploitants,
- en appliquant la réglementation avec discernement et en créant des espaces de régulation,
- en impliquant des citoyens davantage mobilisés, organisés et … au clair sur leurs propres contradictions.

Au final la question centrale reste : peut- faire confiance à l’homme et à sa capacité d’être raisonnable ?