«une chose apparaîtra» 

 

introduction à l’exposition

 

 

Ce qu’il faut considérer en premier lieu

Chacune des oeuvres présentées dans cette exposition, qu’elle soit proposée par un artiste connu ou inconnu, par un «amateur» ou un «professionnel», qu’elle soit abstraite ou figurative, consensuelle ou provocante, évidente ou mystérieuse, qu’elle soit perçue comme laide ou splendide, est à comprendre, d’abord, comme un «îlot de sens et d’intelligibilité» selon l’expression du philosophe Paul Ricœur.

Cela veux dire que chaque oeuvre témoigne d’abord pour son auteur, qu’il en soit conscient ou non, d’un état des choses et du monde, partiel, partial, provisoire, contestable.

 

Ce qu’il convient de comprendre ensuite

Les oeuvres rassemblées et assemblées ici ne sont jamais le résultat du hasard, de caprices ou de fidélités anciennes. Elles sont le résultat d’un échantillonnage méticuleux de certaines oeuvres choisies parmi des centaines d’autres.

Ces choix, qui doivent d’ailleurs autant à l’intuition qu’au raisonnement, nous ont permis d’élaborer un parcours sensible et déconcertant, qui, selon nous, illustre l’état du monde et la nature des interrogations qui, certains soirs, étreignent les vivants.

Vous entrez donc dans un monde chaotique mais cohérent.

Et encore une fois nous verrons que le visiteur est le véritable auteur du voyage, et que chaque visiteur fera le sien propre.

 

Ce qu’il convient de confirmer enfin

Toutes nos propositions dans ce lieu depuis que la Maison Laurentine y propose des expositions est de réfléchir sur le grand paradoxe de notre époque qui nous conduit a tenter, jour après jour, de garder et d’amplifier notre joie de vivre avec et ou malgré les ravages et les destructions.

«Une chose apparaîtra» est une étape de plus de cette exploration.

Notre monde se présente désormais comme une machine détraquée, avec des membres cassés ou malades. La litanie des tourments s’allonge chaque jour (chacun en connait les détails) alors que le futur s’opacifie (chacun le vérifie).

Une société qui serait comme un arbre, frappé par les tempêtes et dont certaines branches, cassées mais toujours reliées au tronc, continuent de recevoir sa sève alimentant encore feuilles et fruits...

Dans cette exposition notre tâche était d’établir des passerelles et de trouver des liens entre les oeuvres entre elles d’abord et entre elles et le visiteur ensuite. 

Pour que la sève continue de pourvoir aux besoins des branches fragilisées.

Le critique de cinéma Serge Daney disait que dans un film chaque plan devrait correspondre à un état de conscience.

Ainsi, pour nous également, ici, chaque agencement correspond à un état de conscience permettant, nous l’espérons, d’ouvrir davantage encore les esprits et les coeurs et cela sans donner de leçons d’esthétique, de politique ou de morale. Le visiteur est souverain et doit le rester. Nous lui témoignons notre respect en partageant nos émotions avec lui et en pariant sur notre capacité d’ouvrir ensemble l’avenir.

Comme nous témoignons notre respect aux artistes en tentant de présenter leurs recherches dans les meilleures conditions possibles tout en les mettant en conversation avec celles des autres participants.

Car nous œuvrons pour que, partout et toujours, se développent davantage de situations de partage et de conversations.

Vous êtes nos invités et nous sommes heureux de votre présence. Et nous suivons Paul Ricœur lorsqu’il nous invite  revendiquer «le sens épique de notre existence personnelle replacée dans la perspective d’une épopée plus vaste de l’humanité et de la création».

Nous sommes heureux enfin de vous offrir la grande galerie des planètes conçue et produite par Gilbert Marcel en hommage à Léonard de Vinci : cette oeuvre replace l’harmonie cosmique au centre de tout et donne à entendre le bourdonnement incessant de toutes les conversations des humains, des animaux, des plantes et des anges depuis l’origine des temps.

Promenade «cosmique» qui se terminera par la découverte des oeuvres dispersées dans le parc et qui chacune s’essaye à entretenir un dialogue entre le monde des humains et celui des arbres.

 

Yoris Van den Houte & Pierre Bongiovanni

(commissaires et scénographes de l’exposition)