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JEAN LUC LAGARCE

October 7, 2016

 

Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce : des premiers brouillons à l’adaptation cinématographique

 

Journée d'étude du vendredi 7 octobre 2016
CDN de Franche-Comté

 

Voici le texte qui sera lu en ouverture de la table ronde et que j'ai envoyé, faute de pouvoir être présent.
Pierre Bongiovanni

 

"Depuis Berlin encore une fois.

Il est des villes où l'on retourne sans cesse pour la première et la dernière fois. Appelé là par des prétextes intimes, mystérieux ou simplement comiques.
Il en est de même pour les êtres dont, ahuris, nous partageons parfois la route.

Berlin justement fut l'objet d'une de mes premières conversations avec Jean-Luc Lagarce à l'époque de sa résidence "villa Médicis, hors les murs".
Voyage en train de nuit (aujourd'hui déjà disparu), vidéo, reflets, lumières, paroles sous entendues, fantômes fasbindériens et mille autres parcelles de lumières d'où allait surgir "Le Journal".

Jean-Luc Lagarce incarnait une présence au monde blanche, aérienne, élégante, discrète, résolue et légèrement désabusée.
Il transportait ses abîmes à l'extérieur de lui sans en être exagérément affecté.

Exactement à l'inverse d'un Heiner Muller dont la concentration tellurique et noire semblait pouvoir provoquer à tout instant une déflagration totale.

A l'inverse également d'un Jean-Michel Bruyère, familier de Berlin lui aussi, qui scalpe l'époque (dans le rouge) sans scrupules, pour en rendre évidentes les palpitations viscérales.

Jean-Luc Lagarce avait semble-t-il choisi de côtoyer une autre voie, outre-germanique également, celle, par exemple de Peter Handke (celui, bleu-vert, de "par les villages" bien sûr).

Il est vrai que les reliefs familiaux d'une enfance du côté de Valentigney dans le Pays (gris) automobile de Montbéliard-Sochaux, déjà sinistré, laissent d'autres traces que celles, écoeurantes, mais pour d'autres raisons, des prospères et confites vallées autrichiennes.

Ces mutants, dépareillés par les futilités de l'époque gardent tous pourtant leur noblesse radicale au milieu des bains de sang, de fric et de bêtise dont le moment se nourrit sans joie.

Jean-Luc Lagarce, lui, avait des gestes lents, qui semblaient naître d'un corps exactement trop long, mais qui n'aurait pu se résoudre à imiter les corps des autres. 
Des gestes lents et un regard scanner traversant les murs, les chairs, les âmes.

Son inadéquation légère et ironique résistera à tout. 
Même à l'embaumement."

Pierre Bongiovanni
Octobre 2016. Berlin

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